L’ECM dans le monde
Conférence de Lydia Ruprecht (UNESCO)

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À l’occasion des vingt ans du programme fédéral Annoncer La Couleur, Lydia Ruprecht, chef d’équipe du programme d’éducation UNESCO, a mené une conférence sur la place de l’ECM dans le monde d’aujourd’hui.
Vous pouvez assister, ci-dessous, à une version écourtée de la conférence :

Lydia Ruprecht félicite ALC pour son travail d’avant-garde considérable en ECM. Le travail d’ALC prouve plus que jamais que l’ECM est pertinente dans le monde actuel. En effet, insiste Lydia Ruprecht, nous vivons dans un monde dans lequel les jeunes font face au quotidien à des défis qui les dépassent et dépassent les frontières : l’extrémisme, la violence, les conflits, les flux migratoires, les innovations technologiques, l’influence que celles-ci ont sur nos modes de fonctionnement ainsi que ceux du gouvernement, le changement climatique, la mondialisation, le partage des savoirs, etc. Les jeunes grandissent dans un monde de plus en plus complexe soumis à un ensemble de contradictions fortes qui se cristallisent chez les jeunes en formation. Les jeunes constatent que le monde est de plus en plus divisé entre les riches et les pauvres, les gagnants et les perdants et qu’il est imbriqué dans des modes de consommation et de production invivables, dégradant notre environnement. Les jeunes en sont de plus en plus conscients et de plus en plus tôt. Cette prise de conscience crée des angoisses, des inquiétudes, des tensions entre les aspirations de paix dans le monde, des pulsions nationalistes et l’envie de se recroqueviller sur soi et de penser à son propre intérêt. Les jeunes sont entourés d’innombrables informations que les médias ne cessent de véhiculer et s’aperçoivent de la grande diversité du monde qui impressionne. Cependant, les jeunes n’ont pas toujours à disposition les outils nécessaires pour vivre ensemble. Ces outils ne sont pas toujours fournis par les familles, d’où le besoin des institutions publiques d’intervenir et d’outiller les jeunes pour vivre dans ce monde en mutation, complexe et extrêmement diversifié. C’est face à ce contexte que l’ECM est née, mais elle est également issue du courant d’éducation à la paix, aux droits humains, à la démocratie et au dialogue interculturel. Les jeunes, en demande de cette nouvelle forme d’éducation, en sont également les moteurs parce qu’ils sont déjà des citoyen.ne.s actif.ve.s conscient.e.s de cette complexité du monde et actif.ve.s sur le monde. 45% des jeunes usager.ère.s des réseaux sociaux ont moins de 25 ans. Ils font leur éducation par eux-mêmes en dehors des institutions scolaires par internet, leurs échanges sociaux, leur vie associative et culturelle. Les jeunes sont soucieux.euses de leur avenir et de la place qu’illes peuvent occuper dans ce monde. L’ECM est donc une réponse à la demande des jeunes. Elle cherche à être à l’écoute de ces jeunes qui doivent dicter la voie future de l’ECM.
La vision de l’UNESCO est également portée par les évolutions du secteur-même de l’éducation (nouvelles pratiques des neurosciences, nouveaux processus d’apprentissage, nouveaux mécanismes de socialisation). L’UNESCO a une vision beaucoup plus large de l’éducation et des processus d’apprentissage. Il est temps, selon Lydia Ruprecht, d’intégrer ces savoirs dans la construction des systèmes éducatifs. C’est aussi l’ambition de l’ECM d’être à l’avant-garde de la réforme de l’innovation pédagogique des systèmes éducatifs. L’UNESCO s’est ainsi basée sur les quatre piliers fondamentaux de l’éducation moderne établis par le rapport Delors de 1996 : l’apprentissage à être, à connaître, à faire et à vivre ensemble. Les deux premiers piliers sont fortement mobilisés dans l’ECM, contrairement aux deux derniers, surtout celui du vivre ensemble. L’ECM cherche à rassembler ces quatre piliers qui doivent être au cœur d’une éducation du XXIe siècle, ce qui oblige l’UNESCO à s’intéresser davantage aux aspects socio-émotionnels et comportementaux non cognitifs de l’éducation. Ce n’est pas un domaine qui va de soi dans le milieu enseignement, encore moins dans les pays en développement. Ce nouveau domaine doit être intégré dans les formations des enseignant.e.s et dans les cadres scolaires.
L’ECM se trouve au cœur du croisement entre « comprendre soi-même dans toutes ses dimensions émotionnelles, intellectuelles, comportementales, l’individu dans sa particularité, sa diversité et son humanité » et « comprendre les autres, avec lesquels il/elle interagit, comprendre le contexte immédiat dans lequel les autres vivent, le tout dans un monde globalisé ».
Le programme d’ECM de l’UNESCO est en outre marqué par les engagements internationaux : les objectifs du développement durable (ODD), la déclaration de Maastricht de 2002 et la charte du conseil de l’Europe sur l’éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits humains de 2010. L’ECM est une éducation de qualité qui se fait tout au long de la vie, commençant bien avant l’entrée à l’école. L’ambition de l’UNESCO est d’encourager une vision holistique de l’éducation et c’est dans ce sens que l’ECM est également un fil conducteur, un élément nécessaire à la réalisation des ODD car elle traduit des grandes ambitions internationales dans les actes et un vécu au quotidien.
Cependant, il existe des tensions au sein de l’ECM qu’il ne faut pas négliger et qu’il faut traiter. La première est qu’il faut resserrer les liens entre le local et le global plutôt que d’étudier uniquement le global. La deuxième est que l’ECM projette la plupart du temps une vision dépolitisée du monde : « Tout le monde il est gentil ». L’ECM doit pouvoir aborder les débats politiques nationaux et internationaux. La troisième est que les enseignant.e.s ne sont pas toujours bien équipé.e.s pour aborder l’ECM en classe. Au niveau mondial, de nombreux pays proposent des politiques d’éducation et des programmes scolaires qui s’engagent à éduquer à la citoyenneté mondiale. Toutefois, les enseignant.e.s manquent de formations sur l’ECM, de matériel pédagogique et de soutien d’acteurs pédagogiques et en dehors de l’école.
Enfin, l’UNESCO se considère comme un acteur de plaidoirie et une plateforme d’échange dont le but est d’améliorer et d’affiner les outils d’ECM. Tous les deux ans, l’UNESCO organise un forum sur l’ECM rassemblant tou.te.s les acteur.trice.s travaillant dans ce domaine. L’UNESCO assure également le suivi des conventions internationales sur l’ECM. L’éducation à la prévention de l’extrémisme violent est également devenue une priorité dans le travail de l’UNESCO dans le domaine de l’ECM. L’UNESCO organise aussi des ateliers de formation au niveau local, régional et mondial pour renforcer les compétences du corps enseignant, des animateur.trice.s et des coordinateur.trice.s de l’ECM. L’UNESCO, ayant constaté le manque de matériaux pédagogiques rédigés dans différentes langues, de guides pour les enseignant.e.s, des recherches poussées sur les impacts, les évaluations et les résultats attendus des programmes d’ECM, a créé une banque de données rassemblant les ressources et les recherches des différents Etats leur permettant de comparer les pratiques d’ECM dans les autres pays du monde. L’UNESCO encourage alors ALC de faire partager son expérience et ses matériaux pour que les autres pays puissent en bénéficier.
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