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Les valeurs des jeunes

éducation à la citoyenneté mondiale - valeurs

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Le 5 décembre 2019, le réseau de partage de connaissances en éducation à la citoyenneté mondiale, WikiCM, rassemblait près de 70 personnes lors d’un WikiLunch consacré au thème des valeurs des jeunes.

 

Les valeurs, préoccupations et positionnements des jeunes : résultats du sondage mené auprès de 500 jeunes (14-19 ans)

L’éducation à la citoyenneté mondiale prône des valeurs de vivre-ensemble, ces valeurs qui font que le monde tourne un peu plus rond, un peu plus juste, un peu plus solidaire.  Or, sur base de nombreux échanges avec les enseignant·e·s et d’autres acteurs et actrices de l’ECM, Annoncer la Couleur pressentait une baisse d’engagement des jeunes pour ce monde plus durable.  C’est pourquoi, le programme fédéral d’éducation à la citoyenneté mondiale a commandité un grand sondage auprès de Dedicated Research en juin 2019 pour vérifier ce sentiment, pour en déterminer la cause si cela devait s’avérer vrai, pour déterminer ce qui mobilise les jeunes aujourd’hui : quelles sont leurs centres d’intérêt, leurs valeurs, leurs positionnements sur des enjeux de société.

« S’ils ne sont pas touchés, les jeunes ne se bougent pas pour le monde qui les entoure. »

Marc Dumoulin, qui a mené le sondage pour Annoncer la Couleur, en a présenté les grands résultats, qui sont sans équivoque : les jeunes sont en recentrement sur eux-mêmes, sur leurs proches (famille surtout, amis aussi) et se préoccupent de leur avenir (trouver un travail qui permette de vivre correctement et de manière épanouie).

Qu’il s’agisse des sphères d’intérêt des jeunes, de l’importance qu’ils donnent ou de la confiance qu’ils et elles accordent, les résultats arrivent aux mêmes conclusions : les jeunes mettent en avant d’abord leur cercle familial et relationnel ( plus de 9 jeunes sur 10 estiment important la famille et les amis). Viennent ensuite leur avenir (88%), les loisirs (87%) et les études (85%). On remarque une stabilité selon le genre et selon l’âge. Deux exceptions notables. En effet, on voit clairement que les filles accordent significativement plus d’importance à leurs études (90%) que les garçons (76%). On voit également que l’importance de la personne avec laquelle ils sont en couple augmente avec l’âge – et ce de manière triviale.

Les jeunes ont majoritairement un sentiment d’appartenance d’abord Belge (57%) et ce loin devant un sentiment d’appartenance à une commune (35%) ou encore d’être européen (30%). Notons également les différences significatives sur le sentiment d’appartenance à la Belgique. Les filles déclarent beaucoup plus que les garçons se sentir belge (62% contre 51%); on voit aussi que les wallons se sentent plus belges que les bruxellois (58% contre 51%). Enfin nous voyons que le sentiment belge est le plus important, peu importe la confession du répondant. En d’autres termes , le jeune est en recentrage sur ce qui se passe près de chez lui avant de résoudre les problèmes du monde.

Les jeunes font confiance et accordent une bonne crédibilité des sphères « santé » et « enseignement ». Les principales attentes des jeunes vis-à-vis de l’école sont de préparer leur avenir (51%), d’apprendre des choses utiles pour trouver un travail (33%) et d’apprendre à devenir une personne responsable (32%). On constate donc un réel désire d’apprendre venant bien avant un besoin de reconnaissance.
Remarque : la confiance envers les associations et les ONG augmente avec l’âge (passant de 29% pour la tranche d’âge des 14-15 ans à 55% pour la tranche d’âge des 18-19 ans).

Les jeunes ne sont pas convaincus de leur pouvoir d’influence. Les filles en sont plus convaincues (74%) que les garçons (64%). De plus, on remarque que cette conviction augmente avec l’âge et qu’elle dépend significativement du groupe social.

Les valeurs que prônent les jeunes sont davantage des valeurs qualifiées de « collectives » par rapport à des valeurs et qualités plus « individuelles  » (la beauté, l’humour, le courage…).

 

Positionnements sur des enjeux de société

En ce qui concerne la problématique du genre, les jeunes obtiennent une mention « peut mieux faire » :
– près de 7 sur 10 considèrent l’homosexualité de genre comme acceptable
– 7 jeunes sur 10 trouvent inacceptable qu’à travail égal, un homme touche un salaire plus élevé qu’une femme

Sur la question de la violence, ils·elles considèrent aussi que la fin justifie les moyens.
Les sujets qui préoccupent le plus les jeunes sont dans l’ordre :

  • La maltraitance des enfants (ma maltraitance des enfants : 81%; les enfants en état de sous-nutrition : 80%; l’exploitation des enfants : 78%);
  • Les droits humains (le non respect des droits humains : 78%; la liberté d’expression : 77%; la pratique de l’esclavage : 73%);
  • L’environnement/le climat (le changement climatique : 77%; la pollution des océans : 76%; la pollution de l’air : 75%; l’extinction d’espèces sauvages : 75%; les catastrophes écologiques : 73%; la fonte des glaciers : 72%)

Leurs sources d’information

On remarque que les jeunes se renseignent davantage via des canaux informels et non journalistiques (parents, amis, école).
En parallèle, on constate une réelle désertion de la presse classique.

Engagement des jeunes

Parmi des valeurs et qualités proposées, l’engagement ne séduit que
10 % des jeunes.

  • La disposition à passer à l’action est supérieure chez les filles (4,6) que les garçons (3,5)
  • La prédilection pour les actions individuelles et passives : signer
    une pétition (51%), réagir sur internet (40%), participer à des
    rassemblements (38%), boycotter des lieux, marques (32%)
  • Peu d’engagements actifs, plus impliquant : adhérer à une association
    (24%), militer dans un parti/une association (11%)
  • Sur une liste de 24 ONG/associations caritatives, 7% des jeunes n’en
    connaissent aucune. Les filles en connaissent 10 alors que les garçons
    en connaissent 8
  • 47% des jeunes ont participé à au moins une action organisée par
    une ONG
  • 89% des jeunes sont disposé·e·s à au moins un passage à l’action
  • 11% des jeunes ne prendraient aucune action pour montrer sa révolte/
    défendre ses valeurs

Conclusion de ce sondage

Les jeunes se recentrent sur eux-mêmes et accordent davantage d’attention à ce qui leur est proche par rapport à la société qui les entoure. Néanmoins, près de 50% d’entre eux affirment vouloir s’engager pour un monde meilleur, empreint de justice et solidarité. Le levier à actionner pour ce faire est l’accroche émotionnelle ; les jeunes s’investissent à partir du moment où ils sont touchés, se sentent concernés et peuvent personnifier (par exemple par un témoignage dans leur classe ou une rencontre).

Une éducation aux valeurs ?

 

Chloé Rocourt enseigne la didactique de l’éducation à la citoyenneté et de la philosophie en formation initiale des enseignants à la HE2B-Defré et dans le cadre de la formation continuée des enseignant·e·s. Elle a participé à l’élaboration des référentiels des compétences pour le nouveau cours d’Éducation à la Philosophie et à la Citoyenneté (EPC).

L’intervention – « passionnante et ultra intéressante » nous confient les participants – est reprise en détails dans l’article de sa collaboratrice Claudine Leleux : « Faits, normes et valeurs : une confusion dommageable pour l’enseignement moral et citoyen ».

Un ouvrage à découvrir pour aller plus loin : « Hiérarchiser des valeurs et des normes de 5 à 14 ans », Bruxelles, De Boeck & Van In, 3e édition revue et augmentée 2014, coll. « Apprentis citoyens « , 216 pp.

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