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l’Éducation à la citoyenneté mondiale, l’avenir de la coopération au développement?

Dans son article publié le 13 avril dans le Vif, Jean Van Wetter, le directeur d’Enabel réagit à la pandémie du Covid-19 en rappelant la nature globale de la crise et la nécessaire solidarité mondiale qui doit servir de réponse à cette crise qui n’a épargné presque aucun pays sur la planète, et a confiné plus de la moitié de la population mondiale.

Cette crise est l’occasion pour Jean Van Wetter de redéfinir le rôle et la place du secteur de la coopération, qui doit pour lui s’éloigner de la conception classique d’une coopération Nord-Sud pour se vivre comme solidarité internationale. Chaque pays, dit-il, chaque secteur doit mettre ses compétences spécifiques au service des situations de crise et d’inégalités en coopération avec d’autres acteurs stratégiques, de manière à faire advenir un monde plus solidaire, plus prospère, plus juste.

Ces mots renvoient directement aux propositions mises en avant par l’éducation à la citoyenneté mondiale, maintenant inscrite dans les objectifs du développement durable, et considérée avec d’autres éducations comme une clé fondamentale pour l’atteinte des objectifs dans leur ensemble. Si certains se demandaient encore à quoi sert l’éducation à la citoyenneté mondiale, ou la concevait comme une manière de légitimer auprès des populations ‘Nord’ les budgets attribués à la coopération, le directeur d’Enabel a maintenant répondu à leur question et remis l’ECM au milieu du village. Cette ‘nouvelle’ coopération est bien le core business de l’ECM : travailler ensemble à la co-construction des savoirs, des pratiques, des attitudes, des modes de vivre-ensemble qui feront advenir un monde plus juste, plus humain. Pas un monde divisé, un monde où le Nord apporte et partage charitablement sa supériorité technologique et son savoir au Sud, pas un monde où certains acteurs savent et d’autres non, mais un monde où la coopération, les collaborations, le dialogue, l’élan collectif vers la justice et la solidarité prennent le pas sur les vieilles fractures et les pratiques de ‘développement’.

l’ECM est bien plus qu’un atelier annuel pour quelques élèves dans les écoles du Nord”

Vision utopique dira-t-on, et on n’aura pas tout à fait tort. L’ECM s’inscrit partiellement dans la tradition philosophique du cosmopolitisme, qui vise la paix universelle, mais la voit comme un horizon normatif seulement. Une sorte de fin de l’histoire. En attendant, il reste qu’on peut espérer le meilleur, tout en construisant du mieux. Et le mieux passe certainement par la déconstruction des stéréotypes qui alimentent encore certaines des attitudes et des présupposés de la coopération au développement, il passe par un vrai dialogue d’égal à égal entre les peuples, les individus, par la mise en commun des compétences et des savoirs, sans hiérarchie, sans supériorité. Le mieux passe aussi par des mises en commun, des collectifs transnationaux qui revendiquent et luttent pour que l’après crise Covid-19 ne ressemble pas à ce qu’était le monde il y a encore trois mois.

Si nous voulons un monde plus juste, plus durable et plus humain, nous devrons nous assembler pour exiger des normes minimales universelles en matière de santé, mais aussi d’éducation, de sécurité, d’écologie, comme le rappelle Jean Van Wetter. Et cela aussi c’est de l’éducation à la citoyenneté mondiale. En faisant réfléchir les gens aux interdépendances mondiales, à leur place dans le monde, aux discours hégémoniques des acteurs dominants, en déconstruisant les narratifs essentialisés et naturalisés des puissants qui justifient les pratiques du business as usual, l’ECM aspire à rassembler pour que les individus conscientisés agissent ensuite à un niveau individuel et collectif pour faire advenir un monde plus égal et plus solidaire. Dans ce ‘nouveau’ paradigme de la coopération, l’ECM est bien plus qu’un atelier annuel pour quelques élèves dans les écoles du Nord, il n’est pas un discours justifiant le fundraising, et il n’est plus simplement l’idéal inatteignable d’une bande d’utopistes. En fait, il est peut-être l’avenir de la coopération.

Cécile Giraud, experte ECM

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